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Chronique du singe blÊme 1

Ce matin, le ciel est gris. Je suis assise dans le salon, un café à la main. Le peu de lumière qui tente maladroitement d’emplir la pièce ne suffit pas à me réveiller. Je suis un peu perdue, ce matin. Mon gros chat gris m’observe d’un air indifférent. Je me lève lentement, me dirige vers la porte. À travers sa petite fenêtre, je jette un petit coup d’œil sur le monde au-delà de mon humble salon.

Dehors, des gens marchent : c’est la vie qui continue, ce matin. L’envie me prend d’aller les rejoindre, de marcher et de continuer la vie moi aussi. Prendre un passant par la main et marcher avec elle ou lui. Alors, j’enfile mes vieux souliers et mon polar, embrasse le crâne de mon vieux chat gris et me retrouve en un rien de temps au beau milieu de la rue.

Je salue les passants. Étrangement, personne ne me regarde. Je fais des signes, je saute sur place mais rien à faire : ils sont occupés. Ou préoccupés. Je crie, très fort : « Hé! » Rien. Je tente le tout pour le tout, fonçant à toute vitesse sur le premier passant. Je le heurte de plein fouet, la tête dans le torse. Il marmonne quelque chose, je crois même qu’il s’excuse… et continue son chemin. Quant à moi, assise par terre dans une flaque d’eau, je rigole. Mais c’est qu’ils sont cons, ces passants, me dis-je. Ils vont passer, passer et passer, tout le temps. Je lève les yeux et regarde chez moi. Par la fenêtre, mon gros chat gris m’observe d’un air indifférent.