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Chronique du singe blÊme 2

Un lourd coma m’enveloppe. J’étouffe. Dans le vide de mon semblant de subconscient, l’univers se tortille, frémissant au contact du froid glacial de mon regard.  Sans merci, il fonce sur moi et me bouffe les yeux.

C’est la loi, ici : quand on s’objecte, on crève. Quand on éclate, on nous enferme. De longs rubans d’une teinte vert lime sortent de nulle part, du vide, et se ruent sur moi. Ils prennent leur temps lorsqu’ils m’étranglent. C’est l’hiver, au-delà de tout raisonnement. Je lève un bras et aussitôt un ruban l’attrape, le plaque sur mon flan, l’étouffe et le contient. Un semblant de cri, mou et pas convainquant, résonne dans le néant. Il est mou, mon cri, parce que le vide s’engouffre dans ma gorge. Il rigole, le vide.

Un souffle de désespoir incontrôlable hante l’horizon. Des maisons poussent, tombent, reviennent et puis meurent. Des yeux globuleux virevoltent en tous sens. La noirceur éclate d’un rire candide et d’autres rubans me survolent. Je crache un appel à l’aide que je suis le seul à entendre.

Seul et désarmé, je regarde les rubans, les maisons. J’écoute le vide rigoler. Tout ça défile devant moi, dans mon lourd et froid coma. On me colle des affiches colorées garnies de slogans bien songés.

Finalement on m’oublie, parce que c’est comme ça et c’est tout. Je fais comme si j’étais là, mais à quoi bon. J’ai même pensé à me tisser un petit ruban vert lime, moi aussi. Mais ils n’y croiraient pas. Et moi non plus. Alors j’attends.