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Chronique du singe blÊme 3

Un café. Ou plutôt six cafés. Je suis assis là, comme un con si on veut, car je ne fais rien et n’arrive à penser qu’à la caféine que je viens d’ingérer. J’en profite pour réfléchir à ce qui m’a porté à venir ici, ce matin.

Je suis en plein cœur d’une ville gigantesque dont j’ignore le nom. Les rues sont blêmes et les gens ne se regardent pas. Je ne sais pas comment je suis arrivé. J’étais seul, dans le noir, puis tout d’un coup on me demandait l’heure. J’étais au centre-ville, je crois, parmi plein de gens qui pensaient à l’heure. Incapable de me situer dans le temps, je me suis excusé en me dirigeant ailleurs. N’importe où ailleurs, loin des tarifs horaires. Je me suis retrouvé devant ce petit café où le temps avait l’air un peu moins important.

Au bout de huit cafés, je comprends qu’on me regarde. Intrigué, je me lève, tout chancelant de caféine, et me dirige vers mon observateur; un homme dans la quarantaine qui semble totalement indifférent au fait que je me trouve maintenant debout devant lui. Je lui demande l’heure. Il me lance que je ne suis pas vraiment là, que le temps n’est important que pour les autres. Agacé, je retourne à ma table.

Après douze cafés, je me sens assez mal et décide de partir. Dehors, je demande l’heure au premier passant. Il me répond que personne ne le sait et qu’il vaut mieux tout faire tout de suite car on ne sait pas trop quand est-ce qu’il sera trop tard.