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Chronique du singe blÊme 5

Devant mon déjeuner, je me questionne : comment savoir ce qui advient des mots lorsqu’ils ne sont pas prononcés ou écrits? Existent-ils toujours? Qu’est-il advenu à la phrase précédente après la ponctuation? Eh bien moi, je le sais.

Les mots, les gens, les objets, les lieux et les idées… le monde, il disparaît. Il est tiré dans le néant de mon subconscient, il est bouffé par mon désintérêt, incapable de s’enfuir tant et aussi longtemps que je ne lui porterai pas attention à nouveau.
Et dans cette inexistence, dans le néant de l’absence, le monde fait semblant. Les gens oubliés croient pouvoir exister, alors ils se tordent dans la noirceur en croyant fermement vivre leurs vies. Mais je sais, oh! je sais si bien qu’il n’en est rien! Car au-delà du royaume de mon attention, rien ne peut vivre, rien ne peut être, rien de rien n’est rien et c’est tout. Rien du tout.

Mais quand je dors, quand je dors alors là rien ne va plus. Les gens, les lieux et les idées que j’ai oubliés foncent à toute allure vers l’existence et me voilà qui rêve, ce qui prouve ma théorie : lorsque je dors, tout ce que j’ai détruit par inattention tente sa chance et cours vers ma conscience afin de profiter de la lumière de l’existence le temps d’un rêve ou d’un cauchemar.
Il arrive alors à de vieilles connaissances de reprendre vie, à des lieux oubliés de m’héberger une dernière fois… pour s’écrouler dans l’Absence encore une fois lorsque j’ouvre les yeux.

Tout à coup, je suis triste. Je pense à tous ceux qui vont périr lorsque mon dernier souffle de vie m’aura quitté. Car le monde disparaîtra alors pour toujours, avec moi, sans aucune chance de retour. Je décide donc de remplacer mon bacon par une pomme.