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Chronique du singe blÊme 7

Assis au bord de l’Univers, les deux pieds dans la lune, caché au creux d’une inconsistante irréalité je contemple l’insignifiance de la vie. Au loin, un trou noir gobe lentement tout ce qui l’entoure. Il tire et tire sans cesse dans un acharnement maladif. Curieux, je lui demande ce qu’il fait. Un moment de silence me fait croire qu’il ne m’a pas entendu au travers du brouhaha de tous ces systèmes solaires en destruction. Il me répond toutefois après quelques instants, d’une voix neutre et sans hâte.

« Je suis le bourreau de ta haine. Je suis ta solitude. » Intrigué, je lui demande de m’expliquer ce qu’il entend par ma solitude. Après un moment, le trou noir répond dans un calme absolu : « Mort à la simplicité volontaire. L’insignifiance crève lentement dans mon néant. Je suis la fin du superflu. La mort de l’ignorance. Je suis le purgatoire où tous et chacun reçoivent le Jugement. Dans un torrent démentiel, je dévaste sans pitié le narcissiste, le superficiel, l’incohérent, l’obsessif, le paresseux… »

Silence. Et puis : « Un jour, l’Univers sera noir. »

Me voilà soudain de retour à la réalité. Assis à table, dans la cuisine chez moi, je suis entouré d’amis qui s’amusent et discutent tout en mangeant. À mon propre étonnement, je constate que je participe moi-même à la conversation. Comme si un mode automatisé s’occupait de gérer le contact humain alors que moi, le vrai moi, je suis là derrière, observant la scène. Détaché, j’analyse et je réfléchis. Et je sens le trou noir, ma solitude, aspirer ces gens qui m’entourent. Plus il aspire, plus je suis loin, distant, seul… et si bien.

Je quitte le jeu, laissant le mode automatisé s’occuper des étrangers à ma table. Au loin, derrière ma barricade sociale, je flotte lentement au milieu du néant de ma solide.