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le culte

Au début des années 2000, un phénomène étrange s’est répandu à travers le globe. Contrairement à ses habitudes, la société n’a pas osé l’identifier par un terme, de par la nature horrible des événements. Le sujet demeure aujourd’hui tabou.

Ce culte était une sorte de voie de sortie pour des gens qui, il semble, étaient dans la société des êtres dysfonctionnels incapables d’un fonctionnement normal. Personne ne sait comment ces personnes en venaient à s’initier au culte.

Ceux qui y étaient associés furent dans tous les cas retrouvés morts, mutilés, déchiquetés, laissés à pourrir au beau milieu de nulle part.

L’interrogation d’un cultiste, en mai 2004, a permis d’apprendre les seuls détails connus.

La première étape consiste à la destruction de la vie « normale » de l’initié. Quelques éléments étranges s’y intègrent jour après jour : coupures, accidents, agressions. Après quelques jours seulement, le participant se trouve obligé de quitter son environnement habituel, fuyant la douleur et le danger.

Une fois cette étape achevée, une série d’événements indescriptiblement plus horribles les uns que les autres s’enchaînent. L’initié, isolé et laissé à lui-même, se retrouve traqué par des machines qui semblent s’opérer d’elles-mêmes. Ces appareils sont extrêmement dangereux et armés de lames, seringues, scies et chassent leur proie sans relâche, sans jamais toutefois parvenir à l’achever. Dans le cas où le participant s’abandonnerait, défait, les machines useraient de leurs armes pour le torturer lentement sans toutefois le restreindre, ce qui obligerait ce dernier à reprendre sa fuite, incapable de tolérer une telle douleur. Les tortures ont été décrites comme des coupures, du sciage et de l’insertion d’objets métalliques dans le corps.

Ces machines auraient pour but de forcer le cultiste à se rendre à un endroit précis, prévu pour lui. Une fois sur place, l’initié devrait faire face une dernière fois à l’appareil. Au cours de sa fuite, il se retrouverait face à une télévision, juchée à hauteur d’yeux. Dès que ses yeux se tourneraient vers l’appareil, ce dernier émettrait un jet de lumière. Le cultiste survivant interrogé a décrit l’événement ainsi : c’était comme si une onde de choc immense frappait mon cerveau, comme si on y avait fichu un coup de couteau. Il dit avoir cru percevoir une série d’images consécutives qui défilaient dans son esprit à une vitesse incroyable, de sorte qu’il n’arrive pas même à en décrire une seule. Selon lui, il se pourrait qu’il soit resté là devant la télévision durant des heures, quoique le tout ait semblé ne durer qu’une fraction de seconde et que la machine n’a pas même eu le temps d’arrêter sa poursuite. L’initié n’aurait alors donc d’autre choix que de fuir. Il serait alors contraint de se diriger vers un centre urbain quelconque où la machine abandonnerait sa course.

Une fois en sécurité, il semblerait que le participant ait aussitôt un sentiment de vertige. Il se sentirait agressé par le monde insouciant et frivole qui l’entoure. Évidemment, il se dirigerait aussitôt vers un hôpital. Il fût décrit par l’interrogé un sentiment incroyable de paranoïa, suivi d’une période de confusion où l’initié déciderait sans trop comprendre d’inventer une histoire quant aux événements qui l’ont mis dans cet état. Les autorités effectueraient des recherches inutiles et le phénomène fût trop peu répandu et fort trop tabou pour qu’un lien soit fait, à l’époque.

Ainsi, l’initié serait éventuellement relâché, partiellement guéri et déterminé à ne rien révéler de ce qui lui était arrivé. Il se retrouverait en peu de temps dans son univers habituel où il tenterait de fonctionner normalement pendant un moment. Toutefois, il se trouverait incapable de retrouver une vie ordinaire, vivant dans un état paranoïaque constant où chaque petite coupure, brûlure et blessure feraient surgir en son esprit des images de torture les plus répugnantes et insoutenables les unes que les autres.

Au cours des quelques jours suivant son retour, le participant en viendrait à se convaincre lui-même de devoir quitter son milieu et de s’abandonner, finalement, à son destin. Il errerait en vain, tentant de retrouver les lieux où il fût pourchassé. Après quelques jours surgiraient en son esprit un ou deux détails qui le guideraient vers un nouveau lieu. Ce lieu évoquerait en lui d’autres instructions et il serait alors guidé vers un autre endroit. Le phénomène se continuerait ainsi jusqu’à l’épuisement de l’initié qui ne s’arrêterait jamais pour manger, boire ou dormir. Ce n’est qu’une fois démoli, épuisé et incapacité que le participant verrait apparaître auprès de lui une minuscule machine roulante. Celle-ci le guiderait alors vers sa dernière destination.

La dernière étape consisterait, somme toute, à l’abandon et la mort lente et pénible de l’initié. Une fois arrivé sur les lieux, celui-ci se trouverait à se joindre à ceux qui y étaient depuis plus longtemps. Le survivant a décrit l’endroit comme tel : un trou, un fond, une crevasse terreuse et boueuse couverte de débris métalliques, de sang et de pierres avec un marais profond où l’on entre pour mourir. À son arrivée, les autres participants le guideraient vers l’eau rougeâtre. Ceux-ci seraient déjà fortement mutilés et leurs corps ne seraient plus que le vestige d’innombrables tortures, déchiquetés et déchirés, mutilés et dépecés. Toutefois, il règnerait sur les lieux un calme inquiétant. Un abandon docile. Quelques corps giraient sur la berge.

Il est inutile de tenter de décrire l’horreur qui suivrait, car les mots ne pourraient en aucun cas rendre justice à la réalité. Il suffira de dire que l’opération serait lente, très lente. Des machines seraient chargées de garder en vie les initiés de par un minimum de soins. L’élément le plus marquant de la description donnée par le survivant était l’utilisation de pièces métalliques pour rattacher les membres et boucher les orifices. Il décrivait aussi la sensation horrible causée par un dispositif vibrant qui aurait été inséré dans son abdomen, empêchant ainsi tout instant de répit. La vibration aurait commencée lentement et s’est amplifiée avec le temps afin de prévenir tout ajustement à la douleur qu’elle causait.

Il semble impossible pour le survivant de décrire la durée de cette période de torture durant laquelle il a pu observer la mort lente et douloureuse de près de 10 participants à ses côtés. Chacun était tiré hors de l’eau et puis soigné par des machines lors de la perte de conscience, puis retournait à l’eau à son éveil. Le phénomène continuait ainsi jusqu’à-ce que les participants ne se relèvent plus, décédés.

Le survivant, pour sa part, fût laissé pour mort. Comme ce fût le cas à travers le monde pour plusieurs emplacements tels que celui-là (une dizaine en tout), c’est une enveloppe contenant son emplacement géographique envoyée par la poste à un foyer pour personnes retraitées semi-autonomes qui permit de retrouver les corps. Dans ce cas précis et pour la seule et unique occasion, un survivant fut retrouvé dans un état comatique.