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SALE LARVE

Te faire souffrir.
OH! seigneur, quel plaisir!
Pathétique petite larve.

Tu crois pouvoir jouer à mon jeu? Crois-tu pouvoir seulement jouer un coup sans que je ne te démolisse? Ton jeu est si simple, tes cartes transparentes. Pauvre petite fleur, fanée et sans intérêt. Si horriblement difforme, si vieille et morte.
Non, tu ne peux pas avoir la moindre idée de ce que je suis. Pathétique petite… ARGH!
Je te hais.
Je te hais.
Je te hais.
Comme je veux te voir souffrir. Comme j’aime te voir pourrir, telle une carcasse désuète, fragile et ravagée. N’as-tu pas la moindre idée? Ne comprends-tu pas que j’ai planté les vers dans ta bouche béante? N’as-tu pas conscience de la patience mise dans mon plan? Alors que tu élabores tes petites stratégies, simples attaques, sans aucune subtilité… Sans aucune classe. Je jurerais voir un enfant maladroit, tentant de se débattre, ignorant d’où viennent les coups, incapable de saisir son assaillant.
Tu tournes, tournes et tournes. Ton regard paranoïaque, lancé de tous bords, tous côtés, sans jamais trouver ce que tu cherches. Tu te complais dans ton jeu sans même voir ton adversaire. Pire encore! Tu y vois un allié. Touchant. Presque émouvant.
Je m’acharne de tout mon cœur à t’extirper quelques pleurs. Je te blesse de l’intérieur, je te mutile avec mes leurres. Et tu n’y vois rien! Rien! Tel un aveugle que l’on lapide, tu ne fais que recevoir les coups en redoutant les prochains. Je te déchire les entrailles d’un seul regard. Et tu jouis. Tu apprécies.

Du moment où j’ai compris, tu es devenue mon projet. Oh! il y a si longtemps… Si longtemps que je cherche une si belle âme à torturer. Je t’ai laissée entrer, sans arrière-pensée. Et tu m’as pris d’assaut. Tu as osé, toi… Simple, minable, ignorante. Sans aucun potentiel. Peut-être as-tu souvent joué avec les faibles. Peut-être as-tu détruit quelques âmes.
Mais cette fois, sale larve, tu t’en es prise au Roi des Faibles. Oh, je me suis laissé atterrer par ton espèce, si longtemps. Mais je n’ai pu qu’apprendre. On m’a écrasé, déchiré, effacé. On a fait de moi un monstre. J’aurais dû exploser, en amener quelques-uns avec moi dans ma chute. Faire couler une rivière de sang et disparaître dans le scandale. Mais j’ai pris un sentier caché, ardu. Je m’y suis arrêté, j’ai pensé. Et j’ai continué, la tête basse. Je suis arrivé au bout, dévasté. Mais tellement plus rusé. N’attendant que ton espèce. La table est mise, les jeux sont faits. Tes cartes sont sur la table. Je t’ai montré les miennes pour t’apprivoiser. Mais mon jeu est indécelable. Pourtant, si direct. Que n’y vois-tu pas? Car tu ne le vois pas; tu es encore là.

Je te déchirerai.
Je te mutilerai.
Je ferai de toi un exemple.
Un trophée.

Jamais tu n’auras vu autant de haine.
Car j’attends avec impatience le moment de révéler mon jeu.
Te frapper avec le tout, d’un seul coup.
Te regarder t’écrouler.

Puis te tendre la main.
Car je n’en aurai jamais assez.
Jamais, jamais assez.
Sale larve.

***

Je révise ce que je viens d’écrire. Merveilleux. Un peu quétaine par moments, mais savoureux. Tout à fait savoureux. On peut, évidement, déceler ma maladresse littéraire, mais je me contente de ce que j’ai. Je n’ai pas du tout l’intention d’y changer quoi que ce soit.
Je prends la feuille, la plie en trois parties égales et la fourre dans une enveloppe, que je prends soin de lécher pour m’assurer qu’elle ne soit pas ouverte sans que je ne le sache. Je me lève de ma table à dessin et me dirige vers une armoire. Je l’ouvre, soulève quelques chandails et la glisse en-dessous.